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Napoléon Bonaparte, l’empereur entrepreneur !

Adulé par certains, honni par d’autres, Napoléon Bonaparte est une figure majeure de l’histoire européenne du 19e siècle dont les accomplissements et innovations résonnent aujourd’hui encore dans le monde entier. Grâce à cet article, faisons un tour d’horizon de tout ce qu’il a apporté à la société moderne en termes entrepreneuriaux et culturels.

Les images d'Épinal ont entretenu la légende de Napoléon dans le monde entier, et dans le temps

Bien avant d’accéder au pouvoir et de s’autoproclamer 1er empereur de France en 1804, Napoléon Bonaparte est la cible régulière des caricaturistes anglais et français qui n’hésitent pas étaler ses quelques échecs militaires et sentimentaux dans la presse. Plusieurs décennies avant le perfectionnement et la démocratisation de la photographie, le dessin est toujours le vecteur principal d’informations et de propagande qui permet de toucher la population la plus large. En plus des dessins de presse, les estampes populaires sont des dessins sur feuille volante commercialisés à bas prix à grande échelle, dans les villes et les campagnes, par des colporteurs. Essentiellement consacrées à l’imagerie religieuse jusqu’à la fin du 18e siècle, les estampes produites à Chartres, Beauvais, Lille, Nancy et Metz sont en perte de vitesse lorsque l’Imagerie Pellerin d’Épinal démocratise les images profanes à partir du début du 19e siècle grâce à ses capacités de production démultipliées par rapport à la concurrence.

Les images d’Épinal attirent l’attention de la famille impériale à l’occasion d’une exposition parisienne en 1806, et le pouvoir encourage l’imprimerie spinalienne à multiplier les mises en scène de grands moments de l’histoire de l’Empereur, ce qui s’avère assez facile vu que l’un des graveurs de l’équipe Pellerin, François Georgin, est un grand admirateur de l’Empire. Des scènes de bataille et divers moments du règne de Napoléon se retrouvent ainsi distribués à travers tout le pays et affichés dans d’innombrables logements français, dans les villes, mais aussi et surtout dans les campagnes les plus reculées. On peut y voir une forme de marketing avant l’heure. Cette diffusion du personal branding de la figure impériale découle en effet peut-être d’un besoin nouveau d’asseoir son autorité de façon pérenne et indiscutable, là où les rois précédents n’en avaient pas besoin car leur pouvoir était de droit divin.

Lorsque Louis XVIII et sa Restauration prennent la place de Napoléon II à la tête de la France en 1815, les estampes à la gloire de l’empereur Napoléon 1er sont interdites et l’imagerie d’Épinal se concentre à nouveau sur les scènes religieuses. Même si Napoléon Bonaparte revient de son exil sur l’île d’Elbe la même année, l’imagerie d’Épinal ne reprend la production de gravures à la gloire du 1er Empereur qu’à partir de 1828. Les images d’Épinal s’exportent dans toute l’Europe à partir de 1832, puis en Afrique et dans le monde à partir de 1846. 7 millions d’images sont ainsi distribuées à travers le monde, dont 79 grandes images consacrées à toutes les étapes de l’histoire du 1er Empereur de France, sans compter des dizaines de gravures de plus petite taille. Cela prépare ainsi l’inconscient collectif à l’avènement de Napoléon III à partir de 1851.

L’Imagerie Pellerin d’Épinal a ainsi grandement bénéficié de la popularité des images consacrées à Napoléon 1er. Mais ces bénéfices ont été dans les deux sens, car la diffusion de ces estampes a également installé durablement la légende du 1er Empereur de France dans les cultures françaises et mondiales.

Napoléon et la Mère du Grenadier

La campagne d'Égypte a été une défaite militaire, mais aussi une belle victoire culturelle

Rentré victorieux d’une campagne militaire en Italie en 1797, le Général Bonaparte se voit confier la mission d’envahir l’Angeleterre par le Directoire qui dirige la République Française depuis 1795. Napoléon étudie le projet, mais convainc finalement le Directoire de déporter la guerre en Égypte afin de couper la route des Indes à la Grande-Bretagne.

La campagne d’Égype est plus compliquée que prévu, car après quelques belles victoires terrestres à Malte, Chebreiss et à proximité des pyramides de Gizeh, la flotte française est presque entièrement détruite par la Royal Navy début août 1798 lors de la bataille d’Aboukir menée par l’Amiral Nelson. Pris au piège dans les terres, Napoléon remporte encore de belles victoires dans les mois suivants, en Égypte puis en Syrie. Mais il finit par abandonner ses troupes largement affaiblies par la peste en août 1799 et rentre en France juste à temps pour participer au coup d’État du 18 Brumaire (9 novembre 1799), ce qui lui permet de devenir l’un des 3 consuls à la tête du pays et qui lui ouvrira plus tard la voie pour devenir le 1er Empereur de France.

Si la campagne d’Égypte ne compte pas parmi les plus hauts faits de Napoléon, son impact culturel a en revanche été majeur dans l’histoire grâce à l’établissement le 22 août 1798 de l’Institut d’Égypte au Caire sous l’impulsion de Bonaparte. Le but de l’institut est le progrès et la propagation des lumières en Égypte, et les domaines couverts concernent les mathématiques, la physique, l’économie politique, la littérature et les arts. On retrouve encore une fois chez Bonaparte la volonté d’inscrire son action dans le temps afin de maximiser la diffusion des nouveautés venues de France, ce qui s’apparente là encore à une forme de marketing avant l’heure. Les activités de l’Institut d’Égypte sont documentées grâce aux imprimeries apportées sur place par Napoléon, et les découvertes concernant l’histoire de l’Égypte par les nombreux scientifiques présents sur place sont ainsi distribuées dans des publications de propagande qui servent les intérêts militaires français, au même titre qu’un hôpital et plusieurs ateliers de mécanique intégrés à l’institut.

L’une des trouvailles les plus célèbres de l’Institut d’Égypte est la pierre de Rosette, une stèle datant du 2e siècle avant J.-C. qui comporte le même texte de décret dans 3 écritures différentes : l’égyptien en hiéroglyphes, l’égyptien démotique et l’alphabet grec. Déplacée à plusieurs reprises depuis sa création, la pierre de granit, haute de 112 cm et pesant 760 Kg, dont l’intérêt a décru au fil du temps, est intégrée aux fondations d’une forteresse pour défendre le bras du Nil au 15e siècle. Elle est redécouverte par hasard en 1799 lorsque les hommes de Napoléon renforcent les défenses du Fort Julien pour garder le contrôle du Nil au niveau de la ville de Rosette. La pierre permet de faire d’énormes progrès dans la compréhension et le déchiffrage des langues antiques par le biais de la traduction du texte en grec par Thomas Young en 1803 puis de la traduction des hiéroglyphes par Jean-François Champollion à partir de 1822. Suite à la défaite des français en Égypte, la pierre de Rosette est devenue une possession britannique en 1801 et a été intégrée à la collection du British Museum de Londres en 1802. L’Égypte réclame officiellement son retour au pays depuis 2003.

La conserve d'aliments, une invention de l'ère napoléonienne démocratisée par l'administration impériale

Ancien confiseur originaire de l’est de la France, et révolutionnaire ayant participé activement le 13 juillet 1789 aux Invalides à la saisie des 30 000 fusils qui serviront le lendemain lors de la prise de la Bastille, Nicolas Appert a longtemps travaillé à la conception d’une technique de conservation des aliments qui va changer le monde. Le salage, le fumage, le vinaigre, l’alcool, la graisse ou le sucre permettent déjà de conserver partiellement les aliments depuis longtemps, mais souvent au prix d’une altération importante du goût de départ. Appert vise une plus grande fidélité gustative, et il est persuadé que cet objectif peut être atteint grâce à l’utilisation du feu. À force de tatonnements, il finit par découvrir que lorsqu’un aliment est réchauffé au bain marie dans un récipient hermétiquement clos, il se conserve indéfiniment car les ferments à l’intérieur du récipient ont été détruits et ne peuvent se régénérer sans contact avec des germes extérieurs. Il ouvre un atelier à Ivry-sur-Seine en 1795 pour continuer à développer cette technique (70 ans avant que Louis Pasteur ne puisse expliquer scientifiquement ce phénomène et ne dépose un brevet à son nom, ce qui explique pourquoi on connaît davantage le procédé d’appertisation sous le nom de pasteurisation). En 1802, Appert industrialise le procédé à Massy et ses conserves stockées dans des bouteilles de champagne modifiées (il est né à Châlons-en-Champagne) se vendent dans toute l’Europe, mais uniquement dans des cercles bien informés et curieux de nouvelles techniques.

Il fait tester (avec succès) ses produits par les marins français de la côte Atlantique en 1806-1807, puis il adresse un courrier au ministre impérial de l’intérieur en mai 1809 afin de se faire connaître des plus hautes autorités françaises. Convaincu par la méthode d’appertisation pour la conservation des aliments, le ministre lui laisse le choix : soit Appert dépose un brevet et touche des revenus lorsque sa technique est utilisée, soit il rend sa méthode publique et il reçoit un prix du gouvernement. Nicolas Appert privilégie la gloire et les honneurs aux revenus et il reçoit un prix national de 12 000 francs en janvier 1810. Sa méthode est publiée dès le mois de juin suivant en 6 000 exemplaires portant le titre « L’art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales » et vendus au prix de 3 francs. L’Empire napoléonien est à cette époque à son sommet avec 130 départements, et chaque préfecture reçoit un exemplaire de la méthode avec des instructions précises pour diffuser l’information à la population. La méthode est rapidement traduite et diffusée à l’étranger la même année : Allemagne, Angleterre, Belgique, Amérique, etc…

Vu que la technique d’appertisation est libre de droits, des concurrents étrangers s’en emparent très rapidement, et les anglais déposent un brevet utilisant du fer blanc en lieu et place des bouteilles en verre dès 1810 car ça coûte moins cher (Appert avait initialement rejeté l’utilisation de ce métal car le fer blanc produit en France était de mauvaise qualité, mais la concurrence anglaise finira par le ruiner et il utilisera plus tard lui aussi du fer blanc). Plus intéressé par les bienfaits pour l’humanité que par les profits, Nicolas Appert passe les années suivantes à perfectionner ses techniques tandis que d’autres sociétés s’enrichissent en appliquant ses découvertes. Il est un précurseur de la pasteurisation du lait, de la bière et du vin en les chauffant à 70°C, encore une fois des décennies avant que Louis Pasteur ne sache expliquer ces techniques. Appert a également inventé le lait concentré en 1827, ainsi que divers procédés comme l’extraction de la gélatine des os. En 1832, il adresse au ministre du commerce et des travaux publics une demande afin que lui soit remise la Légion d’Honneur (instituée en 1802 par Napoléon Bonaparte afin que les civils puissent accéder aux distinctions d’état qui étaient jusque là réservées aux nobles et aux militaires), mais il n’obtient pas de réponse. Appert meurt tellement pauvre en 1841, 5 ans après avoir pris sa retraite, qu’il n’a pas les moyens de se payer une sépulture et son corps est jeté dans la fosse commune de Massy.

Il est aujourd’hui évident que Nicolas Appert, malgré ses velléités de « faire profiter l’humanité de ses découvertes plutôt que de s’enrichir », aurait dû breveter son invention avant de la rendre publique. Son produit était tellement révolutionnaire qu’il aurait fonctionné commercialement dans tous les cas (de nombreuses autres sociétés de conservation se sont enrichies sur son dos à la même époque), et Appert aurait pu utiliser son argent pour continuer et accentuer ses recherches. On notera en revanche que l’invention d’Appert s’est très rapidement diffusée en Europe grâce à l’efficacité de l’administration mise en place par l’Empire Napoléonien, ce qui démontre l’importance d’un bon réseautage pour se faire connaître.

Page de garde du livre publié par Nicolas Appert concernant la conservation des aliments en 1810

Le chapeau de Napoléon était un outil de personal branding

Le chapeau de Napoléon est indissociable de son illustre propriétaire, et ce n’est pas un hasard. C’était même une volonté de son porteur. Le bicorne est un chapeau officiel et très répandu à la fin du 18e siècle. Fabriqué en feutre noir ou en peau de castor, il est doublé de soie à l’intérieur. Il se porte normalement « en colonne », positionné perpendiculairement aux épaules. Mais dès la fin des années 1790, alors que Napoléon n’est encore que général de l’armée de la 1ère République Française, il prend l’habitude de porter son bicorne « en bataille » avec les pointes parallèles aux épaules.

Selon les historiens, Napoléon portait ainsi son chapeau afin d’être reconnaissable sur les champs de bataille (ce qui paraît être un non sens aujourd’hui mais qui était au contraire une technique d’intimidation de leadership très innovante à l’époque où la portée des armes à feu était très faible). Il a appliqué la même logique à sa redingote grise, un autre vêtement indissociable de sa personne que l’on retrouve sur d’innombrables dessins et peintures du personnage. Il existe de nombreuses variations des chapeaux de Napoléon, avec diverses décorations et cocardes, avec ou sans panache de plumes. Lorsqu’il était 1er consul de France de 1799 à 1804, il arrivait également à Napoléon de porter son chapeau de biais « à la Frédéric II de Prusse », comme on le disait à l’époque. À partir de fin 1804, au début de son règne d’Empereur, il choisit de porter des chapeaux plus simples, généralement dénués de toute broderie ou décoration en dehors d’une simple cocarde (ce modèle était appelé le « chapeau français »). À la même époque, il s’habillait souvent avec des uniformes d’officier des grenadiers à pied ou des chasseurs à cheval de la garde impériale, mais ses chapeaux n’avaient aucun lien avec celui porté par les hommes portant ces uniformes.

À partir du moment ou Napoléon Bonaparte devient 1er consul de France en 1799, il cesse de détourner des chapeaux existants et fait confectionner ses propres chapeaux sur mesure par la chapellerie Poupard. Lorsque Napoléon devient empereur en 1804, son service de garde robe commande chaque année 4 chapeaux à la maison Poupard, et chacun d’entre eux est prévu pour une durée de 3 ans. Les premiers chapeaux confectionnés par Poupard coûtent 48 francs, mais leur prix monte jusqu’à 60 francs par la suite. On considère que Napoléon disposait en permanence d’un ensemble complet de 12 chapeaux. Lorsqu’il est exilé sur l’île de Sainte Hélène à la fin de sa carrière, Napoléon emmène 4 chapeaux avec lui. Après sa mort le 5 mai 1821, l’un de ses chapeaux a été placé dans son cercueil.

Pendant sa carrière, Napoléon aurait porté une cinquantaine de chapeaux différents, dont certains ont été perdus sur des champs de bataille. Seule une trentaine de ces chapeaux sont aujourd’hui authentifiés, et s’échangent parfois pour de très fortes d’argent, comme cet exemplaire qui s’est vendu à un collectionneur privé pour 1,932 million d’euros lors d’une vente aux enchères le 19 novembre 2023. La seule vue d’un de ces chapeaux évoque immanquablement la personne de Napoléon, et c’est là l’une des plus grandes réussites de cette opération de personal branding qui a détourné un chapeau qui était pourtant très commun à la base. Peu de grands leaders sont ainsi associés à un simple vêtement.

Gravure de Carl Von Steuben nommée Les Huit Époques de Napoléon (1826) montrant l'évolution de son parcours par le biais de ses chapeaux.
Gravure de Carl Von Steuben nommée Les Huit Époques de Napoléon (1826) montrant l'évolution de son parcours par le biais de ses chapeaux.

L'ère napoléonienne est synonyme d'autres grandes réussites ayant favorisé le commerce et l'entrepreneuriat

Le parcours de Napoléon Bonaparte est émaillé de décisions et d’actions qui ont marqué l’histoire (en bien ou en mal selon d’où on se place), mais certaines d’entre elles prennent une saveur particulière lorsqu’on les considère d’un point de vue entrepreneurial.

Par exemple, les chevaux arabes sont aujourd’hui assez répandus en Europe. Pourtant, leur supériorité naturelle en termes d’agilité, de souplesse et d’endurance n’était pas connue sur le continent européen à la fin du 18e siècle. Après avoir pris conscience de ces traits raciaux susceptibles de conférer des avantages certains lors des batailles pendant sa campagne d’Égypte, Napoléon fit importer ces chevaux en France lorsqu’il devint empereur dans le but d’améliorer les races françaises. 5 poulinières (juments destinées à la reproduction) ont été ramenées d’Égypte en 1806 par des officiers de l’armée française. Rachetées par le gouvernement, elles ont dans un premier temps eu du mal à s’acclimater à la France, mais elles ont fini par apprécier le climat du Haras National de Rodez et c’est de là que sont venus les premiers poulains d’une nouvelle race plus agile qui perdure aujourd’hui encore. Bien qu’étant un parangon de fierté nationale, Napoléon n’a pas hésité à se servir des meilleurs atouts étrangers lorsqu’il en voyait l’intérêt, et on en ressent encore les conséquences aujourd’hui.

À la fin de la Révolution Française, le nouveau gouvernement voit l’opportunité de réformer l’ancien système des poids et mesures qui est différent dans presque chaque région du pays. On compte alors près de 800 unités de mesure différentes à travers tout le pays, et même lorsqu’elles portent le même nom, elles ne correspondent pas forcément à la même chose d’un endroit à l’autre, ce qui encourage la fraude et freine considérablement les opportunités commerciales nationales et internationales. Le diplomate Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, ou plus simplement Talleyrand, propose à l’assemblée nationale l’adoption d’une norme immuable dans l’espoir que d’autres pays l’adoptent à leur tour. Le projet est accepté, et en 1790, après diverses propositions, c’est le mètre (dont la longueur exacte n’est pas encore connue) qui est choisi comme future unité de mesure officielle. La longueur du mètre sera calculée pour représenter un dix-millionième de la distance du pôle Nord à l’équateur, et il faut ensuite plusieurs années de calculs et d’expéditions scientifiques pour que la longueur du mètre soit définitivement fixée. En 1795, en plus du mètre, le gramme est officiellement choisi pour la mesure des masses, et le litre est choisi pour la mesure des volumes. Le système métrique est officiellement adopté en France en décembre 1799, sous le règne du 1er Consul Napoléon Bonaparte, mais ce dernier le voit tout d’abord comme un « tourment du peuple » plutôt inutile. D’ailleurs, ce même peuple ne se précipite pas pour utiliser le mètre et continue d’utiliser les mesures traditionnelles pendant de nombreuses années. Ce n’est qu’en 1812 que l’empereur Napoléon 1er tentera de favoriser l’adoption du système métrique en introduisant des mesures usuelles intermédiaires favorisant la conversion. Il réinstaure la toise traditionnelle en l’allongeant de 5 centimètres afin que celle-ci mesure désormais exactement 2 mètres. Ces mesures usuelles ne remportent pas plus de succès que le système métrique, car à la chute de Napoléon en 1814, le peuple revient massivement aux mesures traditionnelles, tandis que le système métrique s’exporte de plus en plus dans le reste de l’Europe. Il faudra attendre le règne du roi Louis Philippe 1er en 1837 pour que les mesures traditionnelles ainsi que les mesures usuelles de Napoléon soient officiellement remplacées par le système métrique afin de moderniser le pays. Le système métrique a grandement simplifié les échanges internationaux et il est aujourd’hui utilisé dans le monde entier sauf dans 6 pays : les États-Unis, la Birmanie, le Liberia, les Palaos, les îles Marshall et les États fédérés de Micronésie (le Royaume-Uni a adopté le système métrique en 1965 mais conserve une tolérance pour ses panneaux routiers en miles et ses pintes de bière).

 

La taille du territoire de Louisiane à l'époque où il a été vendu au américains par Napoléon
En orange, la taille du territoire de Louisiane vendu par Napoléon à l'Amérique en 1803

Tout le monde (ou presque) sait que Napoléon Bonaparte a vendu la Louisiane aux Etats-Unis en 1803. Mais de nombreux éléments de cette transaction ne sont pas toujours connus du grand public. La taille du territoire pour commencer. Ce que Napoléon a vendu, ce n’est pas l’actuel état de Louisiane qui mesure 135 382 km². Ce qu’il a vendu, c’est une gigantesque bande de terre de 2 145 000 km² qui s’étend du nord des Etats-Unis actuels (le Dakota du Nord, le Montana et un petit morceau de terre canadienne) jusqu’au sud (la Louisiane actuelle). Ce territoire représente à lui seul près d’un quart (22,3 %) de la surface actuelle des Etats-Unis d’Amérique actuels. Cette terre française avait été cédée au royaume d’Espagne Louis XV en 1763, mais lorsqu’il devient 1er Consul de France en 1799, Napoléon souhaite la récupérer afin d’étendre son influence sur le continent américain. Il scelle alors un accord secret avec les espagnols en 1800 en échange de terres situées en Italie. Les américains entendent parler de cet accord secret et proposent de racheter cette terre aux français car cela doublerait le territoire américain du président Thomas Jefferson. Napoléon prend conscience qu’il ne pourra pas mener la guerre aux anglais en Europe et en Amérique en même temp, et il est favorable à cette vente. L’Espagne rétrocède officiellement le territoire de Louisiane à la France le 30 novembre 1803, et la vente aux américains s’effectue moins d’un mois plus tard, le 20 décembre 1803 pour un montant de 15 millions de dollars (ce qui représente plus de 408 millions de dollars en 2023). Grâce à ce deal commercial, Napoléon Bonaparte lèvera de grandes armées qui lui permettront d’asseoir son pouvoir sur de nombreux territoires européens à partir de 1805. Il s’agit donc d’une stratégie gagnante pour Napoléon qui prend un énorme risque en se débarrassant d’une terre pleine de promesses pour favoriser un autre territoire. Comme il le prouvera lors de ses futures campagnes à travers l’Europe, il n’a jamais hésité à prendre des décisions audacieuses à grande échelle.

Le doute est l'ennemi des grandes entreprises